blogdeauville504.jpgAlors que, déjà,  avec leur voracité inextinguible,  les médias sont passés à une autre actualité que celle du Festival de Deauville, dans un calme assourdissant et nécessaire (mais heureusement très temporaire) pour  les appréhender avec recul et mesure, je me replonge dans mes souvenirs de ces 10 journées deauvillaises pour vous faire part de mon bilan de cette édition 2009 du Festival du Cinéma Américain.
La veille de l’ouverture, je m’interrogeais ainsi pour savoir ce que serait pour moi le film de ce 35ème anniversaire, s’il serait « palpitant, déroutant, décevant, inquiétant, émouvant, inénarrable, envoûtant, anecdotique, inoubliable, sans l’ombre d’un nuage… » .  Alors ?
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Nostalgique et joyeuse, décevante et agréable, mélancolique et ensoleillée…et initiatique… : voilà ce que fut pour moi cette édition 2009. Sans doute trouverez-vous tout cela contradictoire et antithétique à l’image de ce qu’est ce festival et de ce que sont et ont toujours été mes journées dans le cadre de celui-ci.

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Arrivée des voitures officielles sur le tapis rouge- Séance du soir-
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Nostalgique parce que, forcément, au bout de 16 années de pérégrinations deauvillaises… et plus de 160 jours de présence rien que pour ce Festival du Cinéma Américain, il est très difficile de rivaliser avec tant de souvenirs, de rencontres, de films mémorables, idéalisés peut-être aussi par le prisme de l’imagination et de la mémoire ;  parce que Deauville c’est pour moi plus qu’un festival, c’est le lieu de l’exacerbation de ma passion dévorante pour le cinéma ; c’est le lieu de la  danse endiablée et  déconcertante entre le cinéma et ma réalité ; c’est le lieu qui a vu éclore, renaître et se fracasser tant de mes illusions ; c’est le lieu où dix jours en paraissent cent et un seul à la fois ; c’est le lieu qui, à jamais, aura une place particulière dans mon existence, quitte à avoir des réactions épidermiques et à défendre ce festival comme si je l’avais enfanté même si, cette année, j’ai un instant renié ma progéniture  en songeant à  délaisser  Deauville pour Venise l’an prochain, je pense que l’attachement filial ou en tout cas sentimental sera finalement toujours plus fort.

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L’actrice Mira Sorvino et  le réalisateur John Gunn présentent le poignant « Like Dandelion Dust »

Joyeuse parce que, forcément, comme chaque festival, celui-ci a engendré son lot de rencontres cinématographiques et humaines, de découvertes filmiques, d’instants hors du temps, de moments insolites et inattendus, et cette sensation à la fois rassurante et violente que cela durerait éternellement, qu’il était possible de vivre indéfiniment au rythme des projections.

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L’hommage aux « ZAZ » (Zucker-Abrahams-Zucker) par Dany Boon

Décevante parce que ce n’est plus un secret pour personne : cette édition 2009 n’a pas été à la hauteur de ce qu’aurait pu être un 35ème anniversaire et de ce que furent ses 25ème et 30ème anniversaires sans parler de sa mémorable 33ème édition. A la décharge des organisateurs, les 20% de recettes de partenaires en moins et la crise économique y sont certainement pour beaucoup. Les invités de la Mostra n’ont ainsi pas prolongé leurs séjours pour venir à Deauville, notamment Matt Damon qui, il y a deux ans, avait honoré les deux festivals de sa présence (soi-disant absent pour cause de rentrée des classes cette année). Les nombreuses stars présentes dans les films sélectionnés n’ont ainsi le plus souvent pas fait le déplacement et même les équipes des films en compétition habituellement présentes. A l’exception des deux derniers jours, avec notamment la venue d’Harrison Ford, le festival n’a pas connu son effervescence coutumière  pas plus que le village du festival déserté par les partenaires officiels (par exemple Narciso Rodriguez présent l’an passé, ayant pourtant signé pour un partenariat de trois ans, avait rompu son contrat avec le festival). Le festival a néanmoins attiré 50000 festivaliers (selon les organisateurs). Excuse des organisateurs face à l’absence d’avant-première évènementielle comme Deauville en a connu tant ou argument pour se singulariser : le festival se présente désormais avant tout comme vitrine du cinéma indépendant américain dans la lignée de son alter ego, Sundance. Espérons aussi que le festival renouvèlera les Nuits Américaines 24H/24H comme les deux premières années et non uniquement à partir de 22h comme cette année. Espérons aussi qu’il rétablira les séances en deuxième partie de soirée.

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Conférence de presse de Robin Wright Penn pour « The Private lives of Pippa Lee »
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Conférence de presse d’Harrison Ford
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Raymond de Felitta, Andy Garcia et Dominik Garcia-Lorido, conférence de presse de « City Island »
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Meryl Streep, conférence de presse de « Julie et Julia »
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Stanley Tucci, conférence de presse de « Julie et Julia »
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Rachel Mac Adams et Eric Bana lors de la conférence de presse de « The time traveler’s wife »

Agréable parce que malgré tout, même si le cru 2009 ne résiste pas à la comparaison avec ses éditions précédentes, il nous a réservé de beaux moments parmi lesquels les présences de deux habitués du festival : la pétillante  Meryl Streep (incroyable -mais cela devient un pléonasme- dans le film d’ouverture « Julie et Julia ») et Harrison Ford, submergé par l’émotion devant une salle médusée. Il y a eu l’émotion plus en retenue, d’autant plus touchante, d’Andy Garcia qui, à travers le film qui lui a consacré le festival pour son hommage, a vu là la preuve de  la concrétisation de ses rêves ; un jury abordable et dynamique. Et puis Steven Soderbergh qui a présenté en avant-première le décevant « The Informant ! » ; Robin Wright Penn dont j’ai découvert l’impressionnante étendue du talent dans « Pippa Lee » ; Julia Migenes pour le concert d’ouverture illuminé de sa lyrique exubérance ; la clôture sur un air d’une nostalgique réminiscence, celui de Michael Jackson ;  les facétieux ZAZ lors de leur hommage ; le poignant « Like Dandelion dust » de Jon Gunn avec Mira Sorvino ; la sympathique comédie « La proposition » de la déjantée Anne Fletcher. Des films souvent avec des thèmes forts (« Cold souls », « The Time traveler’s wife », « Sin nombre », The messenger »…) et des interprétations marquantes ( « City Island », « Pippa Lee », « Julie et Julia », « Me and Orson Welles »…) mais souvent des scénarii bâclés et une sensation d’inachevé.

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Jean-Loup Dabadie et Elsa Zylberstein rendent hommage à Andy Garcia
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L’acteur Cristian Mc Kay, incroyable en Orson Welles dans « Me and Orson Welles »
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Avec Humphrey, à Casablanca ou peut-être bien au lounge Orange… Merci à ma photographe « Cinémaniac ».

Mais agréable seulement parce que, pour la première fois, parmi les vingt projections auxquelles j’ai assistées (10 films en compétition et 10 avant-premières) je n’ai eu aucun coup de cœur pour un ou plusieurs des films présentés. Même si je reconnais la force du propos de certains d’entre eux ou de leurs interprètes, aucun film ne m’a réellement enthousiasmée alors qu’il y en avait toujours plusieurs les années précédentes.

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L’éxubérante Julia Migenes lors de son concert pour l’ouverture du festival
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Remise du prix littéraire à Colum Mc Cann pour « Et que le vaste monde poursuive sa course folle »

Mélancolique parce que Deauville est intrinsèquement mélancolique, d’une mélancolie poétique qui endolorit chaleureusement les pensées, et ne cessera jamais de m’envoûter.

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Harrison Ford avec un deuxième s en prime. Euh…
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L’une de mes « cantines »: l’incomparable Miocque
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Avec Crocodile Dundee (en réalité une des sculptures de Richard Orlinski avec lesquelles seraient repartis certains invités…)  dans la cour de l’hôtel Normandy
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blogdeauville602.jpgEnsoleillée, pas seulement grâce à une météo radieuse, et malgré la noirceur de certains films en compétition qui, bien que de qualité inégale, de par leur  diversité, ont témoigné de la vitalité du cinéma indépendant américain. Deauville pourrait même devenir un festival s’affirmant comme politique ou du moins engagé  (avec la compétition mais aussi les Docs de l’Oncle Sam que je regrette d’avoir manqués cette année) et se donner une mission de découvreur de talents (mission déjà accomplie si on regarde la liste des films primés les années précédentes de « Being John Malkovich » à « The Visitor », en passant par « Little miss sunshine »). C’est ainsi un film sur les conséquences de la guerre en Irak sans distributeur qui a été primé, un film d’Oren Moverman avec Woody Harrelson. Le prix du jury ex aequo attribué à « Sin Nombre » de Cary Joji Fukunaga s’inscrivait aussi dans cette optique mettant en lumière  les brûlures et les parts d’ombres de l’Amérique du Sud.

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Rencontre impromptue avec le photographe Dominique Saint sur les planches qui m’a proposée cette séance photos improvisée, je l’en remercie.
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Et enfin, ce festival s’est révélé initiatique parce que mon état d’esprit avait changé entre l’ouverture et la clôture, que j’ai compris que le présent aussi insensé puisse-t-il sembler n’annihile pas la douceur des souvenirs,  mais qu’au contraire il se fortifie et s’éclaire grâce à eux.

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Le jury palmarès présidé par Jean-Pierre Jeunet avec le lauréat ex-aequo du prix du jury: Cary Joji Fukunaga pour « Sin nombre »
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Le jury « Révèlation » présidé par Maïwenn

Merci à Orange, notamment pour m’avoir permis de faire gagner des pass à 18 d’entre vous, et pour l’accueil toujours chaleureux au lounge Orange, au Public Système Cinéma pour l’accueil, de plus en plus cordial, notamment à Clément.R, et à mes acolytes festivaliers d’un jour ou de plusieurs et aux trois cinéblogueuses pour leur charmante compagnie.

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Le pass pour le lounge Orange
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Le lounge Orange dans les jardins de l’hôtel Royal
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Dans le hall de l’hôtel Normandy

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Sandra Mézière

Blogueuse et romancière. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 21 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés ( Inthemoodforfilmfestivals.com, Inthemoodforcinema.com, Inthemoodfordeauville.com, Inthemoodforcannes.com, Inthemoodforhotelsdeluxe.com, Inthemoodforluxe.com... ), de romans, de scénarii et de nouvelles. en avril 2016, a été publié mon premier roman au cœur des festivals de cinéma, aux Editions du 38: "L'amor dans l'âme". Pour en savoir plus sur mon parcours, mes projets, les objectifs de ce site, rendez-vous sur cette page : http://inthemoodforfilmfestivals.com/about/ et pour la couverture presse sur celle-ci : http://inthemoodforfilmfestivals.com/dans-les-medias/ . Je travaille aussi ponctuellement pour d'autres médias (Clap, Journal de l'ENA, As you like magazine etc) et je cherche également toujours à partager ma passion sur d'autres médias. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema, mon compte principal: 5200 abonnés ). Vous pouvez aussi me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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