CESAR 2016 — 14 février 2016

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 C’est le 26 février prochain, à 21H, que se tiendra la 41ème cérémonie des César, comme chaque année au Théâtre du Châtelet. Comme chaque année également, la cérémonie sera retransmise en direct et en clair sur Canal plus. A 19H10, ce sera le Grand Journal, également en direct et en clair avec, en duplex depuis le théâtre du Châtelet, Laurent Weil qui inaugurera la soirée des César en accueillant les tous premiers invités sur le tapis rouge. A 20H10, ce sera Le petit journal spécial César présenté par Yann Barthès, toujours en direct et en clair. Après les César, vous pouvez retrouver les interviews des vainqueurs de la 41ème cérémonie des César.

Pour la 9ème année consécutive (tantôt en salle presse, tantôt dans la salle du Châtelet, selon les éditions, une cérémonie que je connais donc bien et dont une scène clef de mon premier roman publié prochainement aux Editions du 38 s’y déroule d’ailleurs et dont je vous révèlerai bientôt la couverture et le titre ), j’aurai le plaisir d’être présente dans la salle pour vous commenter la cérémonie sur twitter (@moodforcinema )  et en amont dès le cocktail à 18H30 et sur instagram pour les photos (@sandra_meziere), cette fois en partenariat avec Canal plus dont je vous recommande également de suivre le compte (@cinemacanalplus ) et de découvrir l’excellent site consacré aux César, véritable mine d’informations.

A cette occasion, mes tweets seront mis en avant sur la page internet officielle de Canal + consacrée aux César. Par ailleurs, désormais, chaque mois, Canal plus sélectionnera une de mes critiques et la mettra en avant sur son site. On commence avec « Timbuktu », diffusé actuellement sur la chaîne. Retrouvez le début de ma critique sur le site officiel de Canal + ici.

 L’annonce des nommés aux César 2016 fut l’occasion de se rappeler à quel point la production cinématographique française fut riche et diversifiée en 2015 mais aussi à quel point le Festival de Cannes est un découvreur de grands films et de talents tant sont nombreux les films en lice pour ces César 2016 présentés dans les différentes sélections du Festival de Cannes 2015 et même primés (« La loi du marché », « Dheepan », « Mon roi » etc).

L’affiche de cette 41ème édition met, comme chaque année, une actrice à l’honneur, cette année Juliette Binoche avec cette photo signée Brigitte Lacombe prise lors du tournage du « Patient anglais » d’Anthony Minghella (qui lui valut l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997).

Le Président de cette cérémonie sera le cinéaste Claude Lelouch, l’occasion pour moi de vous reparler de son excellent dernier film « UN + UNE »(malheureusement absent de ces nominations) dont vous pourrez retrouver ma critique en bas de cet article. Je vous conseille l’interview ci-dessous dans laquelle il annonce la ressortie d’une version restaurée de son chef d’œuvre « Un homme et une femme » dans le monde entier, pour les 50 ans du film.

C’est Florence Foresti qui aura la lourde tâche de succéder à Edouard Baer après une 40ème cérémonie que j’avais trouvée particulièrement réussie parce que s’y entrelaçaient le cinéma d’hier (Truffaut, Resnais) que j’aime tant et celui d’aujourd’hui qui m’enthousiasme, et parce que, Edouard Baer, tout au long de la cérémonie, avait fait preuve d’humour décalé (irrésistible tournage de « Panique aux César » auquel s’étaient pliés plusieurs comédiens), dénué de cynisme, et parce que cette soirée avait été jalonnée de quelques moments de grâce qui nous en avaient fait occulter la longueur (presque 4 heures)… Mais à voir a vidéo ci-dessous, il ne fait aucun doute que Florence Foresti saura insuffler humour et bonne humeur à cette cérémonie.

Le César d’honneur sera cette année décerné à Michael Douglas (photo ci-dessous prise lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville), après Sean Penn l’an passé. Un César d’honneur que Michael Douglas avait déjà reçu en 1998.

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Cliquez ici pour retrouver mon compte rendu de la cérémonie des César 2015.

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En tête de ces nominations 2016 figurent « Marguerite » de Xavier Giannoli (11 nominations) à égalité avec « Trois souvenirs de ma jeunesse » d’Arnaud Desplechin (11 nominations aussi donc), « Dheepan » de Jacques Audiard (9 nominations) et  « Mustang » de Deniz Gamze Ergüven (9 nominations) .

Suivent ensuite: « Mon roi » de Maïwenn (8 nominations), « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot  (8 nominations), « Les Cowboys » de Thomas Bidegain (4 nominations), « Fatima » de Philippe Faucon (4 nominations), « Valley of love » de Guillaume Nicloux ( 3 nominations), « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot (3 nominations), « La loi du marché  » de Stéphane Brizé (3 nominations).

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Qui succédera à « Timbuktu« ? (diffusé en février sur  Canal plus dont c’est le coup de cœur du mois, prochainement vous pourrez ainsi retrouver ma critique sur le site de la chaîne). Le chef d’œuvre de Sissako avait en effet récolté 7 des 8 statuettes pour lesquelles il était nommé l’an passé. Meilleur film. Meilleur réalisateur. Meilleur montage. Meilleur scénario original. Meilleur son. Meilleure photo. Meilleure musique originale.  Aucun de ces César n’était usurpé.  «Timbuktu » est en effet un film d’une maîtrise époustouflante, d’une beauté flamboyante, étourdissante, un film d’actualité empreint d’une poésie et d’une sérénité éblouissantes, de pudeur et de dérision salutaires, signifiantes : un acte de résistance et un magnifique hommage à ceux qui subissent l’horreur en silence. Sissako y  souligne avec intelligence et retenue la folie du fanatisme et de l’obscurantisme religieux contre lesquels son film est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme, parsemé de lueurs d’humanité et finalement d’espoir, la beauté et l’amour sortant victorieux dans ce dernier plan bouleversant, cri de douleur et de liberté  déchirant à l’image de son autre titre, sublime : « Le chagrin des oiseaux ». Le film de l’année 2014. Bouleversant. Eblouissant. Brillant. Nécessaire. 7 récompenses à la hauteur de la grandeur de ce film. « Il n’y a pas de choc de civilisations. Il y a une rencontre de civilisations » avait conclu Sissako en recevant l’une de ses multiples récompenses.

 L’actualité influera-t-elle sur le choix des votants? Préféreront-ils un film en résonance ave les ignominies et  tragédies qui ont assombri l’actualité ou des films ancrés dans la réalité sociale ou encore une histoire d’amour ou de deuil?

Beaucoup des films en lice, aussi différents soient-ils en apparence, ont en commun de nous parler d’innocence blessée, d’illusions brisées, de libertés entravées et d’envies d’ailleurs.

Se confrontent ainsi des premiers films et des films de cinéastes confirmés, des acteurs inconnus ou quasiment et de grands acteurs aux carrières impressionnantes et aux multiples nominations (d’ailleurs rarement récompensées comme vous le verrez ci-dessous), très nombreux cette année. Un éclectisme qui rendra cette cérémonie d’autant plus palpitante et le palmarès d’autant plus surprenant.

Après sa palme d’or, Jacques Audiard, sera-t-il  à nouveau au palmarès après son César du meilleur réalisateur pour « De battre mon cœur s’est arrêté » en 2006 et pour « Un Prophète » en 2010? De cette histoire de trois Sri-Lankais qui fuient leur pays, la guerre civile, et qui se retrouvent confrontés à une autre forme de guerre dans la banlieue française où ils échouent, douloureuse réminiscence pour Dheepan, « le père de famille », Audiard, plus qu’un film politique a voulu avant tout faire une histoire d’amour. Dans ce nouveau long-métrage qui flirte avec le film de genre, il explore un nouveau territoire mais toujours porte un regard bienveillant, et plein d’espoir sur ses personnages interprétés par trois inconnus qui apportent toute la force à ce film inattendu (dans son traitement, son dénouement et en tête du palmarès du Festival de Cannes).

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Toujours est-il que « Mustang », 9 fois nommé, (présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2015 et qui vient de remporter le prix Lumières du meilleur film) pourrait créer la surprise en remportant des récompenses face à des films de réalisateurs plus confirmés. Portrait sans concession d’une partie de la société turque et de la place qu’elle laisse aux femmes, ce premier film à la fois solaire et terriblement sombre sur ces 5 sœurs condamnées à une existence quasiment carcérale  est d’autant plus marquant qu’il est parfaitement maitrisé dans sa forme comme dans le fond évitant l’écueil du manichéisme et d’une condamnation unanime des hommes turcs puisque c’est aussi grâce à l’un d’eux que viendront l’espoir et la liberté mais aussi à l’éducation qui, en filigrane, apparaît comme LA solution. Un film dans lequel s’entrechoquent fougue de la jeunesse et conservatisme des aînés, porté par des actrices incandescentes et un judicieux décalage entre le forme et le fond.

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Enfin, Arnaud Desplechin (pour le 4ème fois nommé comme meilleur réalisateur) figurera sans aucun doute au palmarès, avec au moins un prix pour Lou Roy-Lecollinet en meilleur espoir féminin, vraie révélation même si Sara Giraudeau, sorte de Pierre Richard au féminin, est absolument irrésistible dans « Les Bêtises ».

Parmi ces nominations, sont particulièrement réjouissantes les annonces suivantes :

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-les 3 nominations pour « La loi du marché » de Stéphane Brizé (meilleur film, meilleure réalisateur, meilleur acteur) même si le film en aurait mérité plus et notamment pour le scénario. Vincent Lindon avait déjà reçu le prix d’interprétation masculine (amplement mérité) lors du dernier Festival de Cannes pour ce rôle d’homme que la loi du marché infantilise, aliène, broie et à laquelle avec une justesse sidérante il oppose sa dignité, son humanité, sa fragilité. (Retrouvez ma critique de « La loi du marché » en bas de cet article.)

Vincent Lindon vient de recevoir le prix du meilleur acteur à la cérémonie des Lumières dont le palmarès préfigure souvent celui des César…mais aussi le Magritte d’honneur en Belgique. Chacun de ses discours est bouleversant d’humanité, d’émotion, de sincérité (celui qu’il avait effectué en recevant son prix d’interprétation à Cannes, de même que sa prestation dans le film, m’avait émue aux larmes) et, pour cela aussi, au-delà de ce rôle pour lequel il le mérite indubitablement, je lui souhaite de recevoir ce prix.

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– Me réjouissent également les autres nominations pour le César du meilleur acteur même si la « concurrence » sera particulièrement rude avec notamment Depardieu (17 fois nommé aux César et César du meilleur acteur en 1981 pour « Le Dernier métro » et en 1991 pour « Cyrano de Bergerac »), Damiens, Luchini (César du meilleur acteur pour un second rôle dans « Tout ça pour ça » en 1994 et pour la 9ème fois nommé), Lindon (5 fois nommé mas jamais récompensé), Cassel ( qui l’a déjà obtenu pour son rôle de Mesrine en 2009 et également nommé en 1996 pour « La Haine » et en 2002 pour « Sur mes lèvres ») entre lesquels mon cœur balance même s’ils sont tous remarquables dans leurs rôles respectifs: François Damiens aussi convaincant que bouleversant dans le rôle de ce père obstiné qui recherche sa fille contre vents et marées, aux quatre coins du monde, abandonnant tout le reste pour cette quête obsessionnelle et dévorante, guidé par cette douleur indicible de l’absence ou encore Vincent Cassel dans son meilleur rôle, celui de Georgio, diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir. Quant à « L’Hermine », il fallait un acteur, exceptionnel, subtil, à la personnalité complexe, comme Luchini pour apporter autant de nuances et de sobriété(d’autant plus surprenante de la part de celui qui, sur les plateaux se montrent si souvent emphatique et extraverti) à ce personnage

Un prix pour Vincent Lindon me ravirait certes plus que tout autre mais de même qu’un prix pour Depardieu pour le sublime « Valley of love » reparti bredouille du dernier Festival de Cannes et pour lequel Isabelle Huppert est également nommée et qui, malgré ses 14 nominations, ne l’a obtenu qu’une seule fois pour « La Cérémonie » de Claude Chabrol en 1996.

Certaines phrases de ce film de Guillaume Nicloux, « Valley of love » (produit par Sylvie Pialat qui avait produit « Timbuktu » l’an passé), résonnent avec d’autant plus de justesse qu’elles sont dites par des comédiens, Huppert et Depardieu, qui les prononcent avec une infinie délicatesse, qui trouvent constamment la note juste : « Si on se met à détester quelqu’un avec qui on a vécu c’est qu’on ne l’a jamais vraiment aimé. Quand on aime quelqu’un c’est pour toujours. » La force de ces deux immenses comédiens est de malgré tout nous faire oublier Huppert et Depardieu et de nous laisser croire qu’ils sont ces Isabelle et Gérard qu’ils incarnent. Et il leur suffit de lire une lettre dans le décor épuré d’une chambre, sans autre artifice que leur immense talent, pour nous émouvoir aux larmes sans parler de cette scène finale bouleversante qui m’a ravagée. Pour moi le film français de l’année 2015. Une fin qui nous hante longtemps après le générique, une fin d’une beauté foudroyante, émouvante, énigmatique. Un film pudique et sensible qui mérite d’être vu et revu et qui ne pourra que toucher en plein cœur ceux qui ont été confrontés à cet intolérable et ineffable vertige du deuil. Je pense néanmoins que, malheureusement, seul le César de la meilleure photo (signée Christophe Offenstein) pourrait lui être finalement attribué.

Retrouvez ma critique de « Valley of love » en bas de cet article qui, je l’espère, vous donnera envie de voir ce sublime film, mésestimé à Cannes et lors de sa sortie.

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Qui succèdera à Pierre Niney, exceptionnel dans « Yves Saint-Laurent » de Jalil Lespert (ma critique, ici) pour lequel il a obtenu le César du meilleur acteur l’an passé? Le suspense reste entier!

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-les nominations pour le César du meilleur espoir masculin de Rod Paradot et Swann Arlaud. Le premier crève l’écran dans « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot (qui mérite au passage également le César du meilleur scénario original) et je me souviens encore de son étonnante maturité lors de la conférence de presse du Festival de Cannes qui avait estomaqué l’assistance.  Il vient d’ailleurs de recevoir le Prix Lumières du meilleur espoir. Quant à Swann Arlaud (nommé pour « Les Anarchistes »), c’est un comédien d’une justesse remarquable (et il l’est à nouveau dans « Les Anarchistes »), avec un supplément d’âme  et une intensité qui le rendent unique et que j’avais remarqué il y a longtemps déjà dans un court-métrage présenté au Festival du Film de Cabourg. – Retrouvez ma critique de « La tête haute » en bas de cet article.-

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la nomination de Sidse Babett Knudsen pour « L’Hermine » de Christian Vincent. Par sa spontanéité et sa vérité éclatantes, elle fait d’autant plus sortir le juge Racine (Luchini) de son rôle. L’absence de nomination du film pour le scénario est un mystère. Retrouvez ma critique de « L’Hermine » en bas de cet article.

J’espère que ce César du meilleur scénario reviendra à « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot. Après « Clément », « Backstage », «  Elle s’en va », Emmanuelle Bercot confirme qu’elle est une grande scénariste et réalisatrice (et actrice comme l’a prouvé son prix d’interprétation cannois pour  « Mon roi ») avec qui le cinéma va devoir compter, avec ce film énergique et poignant, bouillonnant de vie, qui nous laisse avec un salutaire espoir, celui que chacun peut empoigner son destin quand une main se tend (au propre comme au figuré) et qui rend un bel hommage à ceux qui se dévouent pour que les enfants blessés et défavorisés par la vie puissent grandir la tête haute. Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde (là aussi au propre comme au figuré), un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix d’ouverture du 68ème Festival de Cannes et de lui avoir donné cette visibilité.

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-les nominations comme meilleure actrice pour Isabelle Huppert et Catherine Deneuve. Là aussi, mon cœur balance. Elles seront face à Loubna Abidar, Emmanuelle Bercot, Cécile de France, Catherine Frot, Soria Zeroual (qui pourrait créer la surprise). Il est néanmoins probable que  Catherine Frot  (dont c’est la 10ème nomination et qui l’a obtenu  un seule  fois, en 1997 pour « Un air de famille ») l’emportera même si je suis restée hermétique à ce film (certes servi par une brillante mise en scène) et a fortiori à sa prestation et à ce personnage dont le ridicule et les réactions qu’il suscite m’ont mise profondément mal à l’aise. Catherine Deneuve est une nouvelle fois remarquable dans ce rôle de juge dans « La tête haute », pour lequel elle marie et manie avec brio autorité et empathie. Espérons  qu’il lui permettra de décrocher à nouveau ce César. Elle a été déjà 13 fois nommée et récompensée du César de la meilleure actrice pour « Le dernier métro » de François Truffaut et « Indochine » de Régis Wargnier.

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-la nomination d’Ennio Morricone pour la meilleure musique de « En mai fais ce qu’il te plaît », un film émouvant sur l’exode de 1940.

-la nomination de Benoît Magimel comme meilleur second rôle pour son rôle d’éducateur dans « La tête haute » dont le personnage se reconnaît dans le parcours de ce jeune délinquant incarné par Rod Paradot qui réveille ses propres failles. Il y est remarquable. Prix d’interprétation masculine à Cannes en 2001 pour « La Pianiste », il n’a néanmoins jamais obtenu de César malgré deux nominations: en 1997, comme meilleur espoir masculin, pour « Les Voleurs » et en 2013 pour le second rôle dans « Cloclo ».

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-les nominations comme meilleur film étranger poue Le fils de Saul (critique en bas de cette page), Mia Madre (critique en bas de cette page), Taxi Téhéran, Youth (critique en bas de cette page), parmi d’autres à découvrir ci-dessous.

Le choix sera là aussi cornélien notamment entre le film de Laszlo Nemes, « Le fils de Saul » (un 1er film, que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable de camps de concentration, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée) ou encore « Mia madre » de Nanni Moretti (L’illusion de légèreté du cinéma pour tenter d’affronter le gouffre étourdissant de la mort et du lendemain après la perte forcément insensée d’un parent. Un film pudique, profondément émouvant et un regard final qui vous hante longtemps après la projection et qui me hante et bouleverse encore) ou encore « Taxi Téhéran »à la mise en scène particulièrement rusée et brillante, l’ours d’or du Festival de Berlin 2015.

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-les multiples nominations des grands films projetés et parfois primés au dernier Festival de Cannes: « Dheepan » (palme d’or »), « La loi du marché » (prix d’interprétation masculine), « Mon roi » (prix d’interprétation féminine), « La tête haute » (film d’ouverture), « Le fils de Saul » (grand prix) etc.

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 Je vous donne donc rendez-vous le 26 février. Dès 19H, vous pourrez me suivre en direct du Théâtre du Châtelet sur twitter (@moodforcinema). En attendant, retrouvez, ci-dessous, les nominations complètes   ainsi que mes critiques des films nommés.

NOMINATIONS 2016

Sont nommées pour le César du Meilleur Espoir Féminin

CAMILLE COTTIN dans CONNASSE, PRINCESSE DES CŒURS

SARA GIRAUDEAU dans LES BÊTISES

ZITA HANROT dans FATIMA

DIANE ROUXEL dans LA TÊTE HAUTE

LOU ROY-LECOLLINET dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César du Meilleur Espoir Masculin

SWANN ARLAUD dans LES ANARCHISTES

QUENTIN DOLMAIRE dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

FÉLIX MOATI dans À TROIS ON Y VA

FINNEGAN OLDFIELD dans LES COWBOYS

ROD PARADOT dans LA TÊTE HAUTE

 

Sont nommées pour le César de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle

SARA FORESTIER dans LA TÊTE HAUTE

AGNÈS JAOUI dans COMME UN AVION

SIDSE BABETT KNUDSEN dans L’HERMINE

NOÉMIE LVOVSKY dans LA BELLE SAISON

KARIN VIARD dans 21 NUITS AVEC PATTIE

Sont nommés pour le César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle

MICHEL FAU dans MARGUERITE

LOUIS GARREL dans MON ROI

BENOÎT MAGIMEL dans LA TÊTE HAUTE

ANDRÉ MARCON dans MARGUERITE

VINCENT ROTTIERS dans DHEEPAN

Sont nommées pour le César de la Meilleure Actrice

LOUBNA ABIDAR dans MUCH LOVED

EMMANUELLE BERCOT dans MON ROI

CÉCILE DE FRANCE dans LA BELLE SAISON

CATHERINE DENEUVE dans LA TÊTE HAUTE

CATHERINE FROT dans MARGUERITE

ISABELLE HUPPERT dans VALLEY OF LOVE

SORIA ZEROUAL dans FATIMA

Sont nommés pour le César du Meilleur Acteur

JEAN-PIERRE BACRI dans LA VIE TRÈS PRIVÉE DE MONSIEUR SIM

VINCENT CASSEL dans MON ROI

FRANÇOIS DAMIENS dans LES COWBOYS

GÉRARD DEPARDIEU dans VALLEY OF LOVE

ANTONYTHASAN JESUTHASAN dans DHEEPAN

VINCENT LINDON dans LA LOI DU MARCHÉ

FABRICE LUCHINI dans L’HERMINE

Sont nommés pour le César du Meilleur Scénario Original

NOÉ DEBRÉ, THOMAS BIDEGAIN, JACQUES AUDIARD pour DHEEPAN

XAVIER GIANNOLI pour MARGUERITE

DENIZ GAMZE ERGÜVEN, ALICE WINOCOUR pour MUSTANG

EMMANUELLE BERCOT, MARCIA ROMANO pour LA TÊTE HAUTE

ARNAUD DESPLECHIN, JULIE PEYR pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César de la Meilleure Adaptation

DAVID OELHOFFEN, FRÉDÉRIC TELLIER pour L’AFFAIRE SK1

SAMUEL BENCHETRIT pour ASPHALTE

VINCENT GARENQ, STÉPHANE CABEL pour L’ENQUÊTE

PHILIPPE FAUCON pour FATIMA

HÉLÈNE ZIMMER, BENOIT JACQUOT pour JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

 

Sont nommés pour le César de la Meilleure Musique Originale

RAPHAËL pour LES COWBOYS

ENNIO MORRICONE pour EN MAI, FAIS CE QU’IL TE PLAÎT

STEPHEN WARBECK pour MON ROI

WARREN ELLIS pour MUSTANG

GRÉGOIRE HETZEL pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César des Meilleurs Costumes

ANAÏS ROMAND pour JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

PIERRE-JEAN LARROQUE pour MARGUERITE

SELIN SÖZEN pour MUSTANG

CATHERINE LETERRIER pour L’ODEUR DE LA MANDARINE

NATHALIE RAOUL pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César des Meilleurs Décors

MICHEL BARTHÉLÉMY pour DHEEPAN

KATIA WYSZKOP pour JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

MARTIN KUREL pour MARGUERITE

JEAN RABASSE pour L’ODEUR DE LA MANDARINE

TOMA BAQUENI pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César de la Meilleure Photo

EPONINE MOMENCEAU pour DHEEPAN

GLYNN SPEECKAERT pour MARGUERITE

DAVID CHIZALLET pour MUSTANG

IRINA LUBTCHANSKY pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

CHRISTOPHE OFFENSTEIN pour VALLEY OF LOVE

Sont nommés pour le César du Meilleur Montage

JULIETTE WELFLING pour DHEEPAN

CYRIL NAKACHE pour MARGUERITE

SIMON JACQUET pour MON ROI

MATHILDE VAN DE MOORTEL pour MUSTANG

LAURENCE BRIAUD pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César du Meilleur Son

DANIEL SOBRINO, VALÉRIE DELOOF, CYRIL HOLTZ pour DHEEPAN

FRANÇOIS MUSY, GABRIEL HAFNER pour MARGUERITE

NICOLAS PROVOST, AGNÈS RAVEZ, EMMANUEL CROSET pour MON ROI

IBRAHIM GÖK, DAMIEN GUILLAUME, OLIVIER GOINARD pour MUSTANG

NICOLAS CANTIN, SYLVAIN MALBRANT, STÉPHANE THIÉBAUT pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César de la Meilleure Réalisation

JACQUES AUDIARD pour DHEEPAN

STÉPHANE BRIZÉ pour LA LOI DU MARCHÉ

XAVIER GIANNOLI pour MARGUERITE

MAÏWENN pour MON ROI

DENIZ GAMZE ERGÜVEN pour MUSTANG

EMMANUELLE BERCOT pour LA TÊTE HAUTE

ARNAUD DESPLECHIN pour TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE

Sont nommés pour le César du Meilleur Film de Court Métrage

LA CONTRE-ALLÉE réalisé par CÉCILE DUCROCQ, produit par STÉPHANE DEMOUSTIER, GUILLAUME DREYFUS

LE DERNIER DES CÉFRANS réalisé par PIERRE-EMMANUEL URCUN, produit par PIERRE-EMMANUEL URCUN, ROY ARIDA, VINCENT LE PORT, LOUIS TARDIVIER

ESSAIE DE MOURIR JEUNE réalisé par MORGAN SIMON, produit par JESSICA ROSSELET

GUY MOQUET réalisé par DEMIS HERENGER, produit par NAÏM AÏT-SIDHOUM, JULIEN PERRIN, ELSA MINISINI, ÉLISABETH PAWLOWSKI

MON HÉROS réalisé par SYLVAIN DESCLOUS, produit par FLORENCE BORELLY

Sont nommés pour le César du Meilleur Film d’Animation pour le court métrage

LA NUIT AMÉRICAINE D’ANGÉLIQUE réalisé par PIERRE-EMMANUEL LYET, JORIS CLERTÉ, produit par MARYLINE CHARRIER

LE REPAS DOMINICAL réalisé par CÉLINE DEVAUX, produit par RON DYENS

SOUS TES DOIGTS réalisé par MARIE-CHRISTINE COURTÈS, produit par JEAN-FRANÇOIS LE CORRE, MARC FAYE

TIGRES À LA QUEUE LEU LEU réalisé par BENOÎT CHIEUX, produit par DORA BENOUSILIO pour le long métrage ADAMA réalisé par SIMON ROUBY, produit par PHILIPPE AIGLE, SÉVERINE LATHUILLIÈRE, AZMINA GOULAMALY, ALAIN SÉRAPHINE

AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ réalisé par CHRISTIAN DESMARES, FRANCK EKINCI, produit par MARC JOUSSET, FRANCK EKINCI LE PETIT PRINCE réalisé par MARK OSBORNE, produit par DIMITRI RASSAM, ATON SOUMACHE, ALEXIS VONARB

Sont nommés pour le César du Meilleur Premier Film

L’AFFAIRE SK1 réalisé par FRÉDÉRIC TELLIER, produit par JULIEN MADON, JULIEN LECLERCQ

LES COWBOYS réalisé par THOMAS BIDEGAIN, produit par ALAIN ATTAL MUSTANG réalisé par DENIZ GAMZE ERGÜVEN, produit par CHARLES GILLIBERT

NI LE CIEL NI LA TERRE réalisé par CLÉMENT COGITORE, produit par JEAN-CHRISTOPHE REYMOND, AMAURY OVISE NOUS

TROIS OU RIEN réalisé par KHEIRON, produit par SIMON ISTOLAINEN, SIDONIE DUMAS

Sont nommés pour le César du Meilleur Film Documentaire

LE BOUTON DE NACRE réalisé par PATRICIO GUZMÁN, produit par RENATE SACHSE

CAVANNA, JUSQU’À L’ULTIME SECONDE, J’ÉCRIRAI réalisé par DENIS ROBERT, NINA ROBERT, produit par NINA ROBERT, DENIS ROBERT, BERTRAND FAIVRE

DEMAIN réalisé par CYRIL DION, MÉLANIE LAURENT, produit par BRUNO LEVY

L’IMAGE MANQUANTE réalisé par RITHY PANH, produit par CATHERINE DUSSART

UNE JEUNESSE ALLEMANDE réalisé par JEAN-GABRIEL PÉRIOT, produit par NICOLAS BREVIÈRE

 

Sont nommés pour le César du Meilleur Film Étranger

BIRDMAN réalisé par ALEJANDRO GONZÁLEZ IÑÁRRITU, distribution France TWENTIETH CENTURY FOX

LE FILS DE SAUL réalisé par LÁSZLÓ NEMES, distribution France AD VITAM

JE SUIS MORT MAIS J’AI DES AMIS réalisé par GUILLAUME MALANDRIN, STÉPHANE MALANDRIN, coproduction France TS PRODUCTIONS (Miléna Poylo, Gilles Sacuto)

MIA MADRE réalisé par NANNI MORETTI, coproduction France LE PACTE (Jean Labadie)

TAXI TÉHÉRAN réalisé par JAFAR PANAHI, distribution France MEMENTO FILMS DISTRIBUTION

LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT réalisé par JACO VAN DORMAEL, coproduction France

APRÈS LE DÉLUGE (Jaco Van Dormael, Olivier Rausin, Daniel Marquet)

YOUTH réalisé par PAOLO SORRENTINO, coproduction France BARBARY FILMS (Fabio Conversi)

Sont nommés pour le César du Meilleur Film

DHEEPAN produit par PASCAL CAUCHETEUX, GRÉGOIRE SORLAT, réalisé par JACQUES AUDIARD

FATIMA produit par YASMINA NINI-FAUCON, PHILIPPE FAUCON, réalisé par PHILIPPE FAUCON

LA LOI DU MARCHÉ produit par CHRISTOPHE ROSSIGNON, PHILIP BOËFFARD, réalisé par STÉPHANE BRIZÉ

MARGUERITE produit par OLIVIER DELBOSC, MARC MISSONNIER, réalisé par XAVIER GIANNOLI

MON ROI produit par ALAIN ATTAL, réalisé par MAÏWENN MUSTANG produit par CHARLES GILLIBERT, réalisé par DENIZ GAMZE ERGÜVEN

LA TÊTE HAUTE produit par FRANÇOIS KRAUS, DENIS PINEAU-VALENCIENNE, réalisé par EMMANUELLE BERCOT

TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE produit par PASCAL CAUCHETEUX, GRÉGOIRE SORLAT, réalisé par ARNAUD DESPLECHIN

Critiques des films nommés

Critique de VALLEY OF LOVE de Guillaume Nicloux

Nominations: meilleur acteur (Gérard Depardieu) et meilleure actrice (Isabelle Huppert) et meilleure photo (Christophe Offenstein)

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C’est à la fin du Festival de Cannes où il figurait en compétition officielle (le film était également en ouverture du Champs-Elysées Film Festival et en clôture du Festival du Film de Cabourg) que j’ai découvert pour la première fois « Valley of love », après 10 jours de grand cinéma qui font que, parfois, les images se mêlent, s’embrouillent, ne sont pas appréciées à leur juste valeur, surtout en un lieu et une époque où chacun se doit de donner (et de proclamer haut et fort) un avis à peine le générique terminé et qui comme le sujet du film finalement (le deuil) se doit d’être zappé. Or, certains films se dégustent plus qu’ils ne se dévorent, et il faut souvent du temps pour en appréhender la force, la profondeur, la pérennité de leurs images. C’est le cas de « Valley of love » qui, à Cannes, m’avait laissé un goût d’inachevé, malgré l’émotion qu’il avait suscitée en moi. Ce fut également sans aucun doute la conférence de presse la plus intéressante de ce 68ème Festival de Cannes. Curieusement, c’est celui auquel je repense le plus souvent et c’est sans aucun doute le pouvoir des grands films que de vous accompagner, de vous donner la sensation d’avoir effectué un voyage à l’issue duquel vous n’êtes plus tout à fait la même personne, c’est pourquoi j’ai décidé de retourner le voir pour vous en parler comme il le mérite…

Isabelle (dont le prénom n’est d’ailleurs jamais prononcé) et Gérard (interprétés aussi par Isabelle –Huppert- et Gérard -Depardieu-) se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils, Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, six mois auparavant. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Quel pitch prometteur et original, en plus de cette prestigieuse affiche qui réunit deux monstres sacrés du cinéma et qui reconstitue le duo de « Loulou » de Pialat, 35 ans après !

Les premières minutes du film sont un modèle du genre. La caméra suit Isabelle qui avance de dos, vers un motel au milieu de nulle part. Une musique étrange et hypnotique (quelle musique, elle mérite presque à elle seul ce voyage !) l’accompagne. Les bruits de ses pas et de la valise marquent la cadence. Au fur et à mesure qu’elle avance, des notes dissonantes se glissent dans la musique. Puis, elle apparaît face caméra, dans la pénombre, son visage est à peine perceptible. Et quand elle apparaît en pleine lumière, c’est derrière les barreaux d’une fenêtre. Elle enlève alors ses lunettes et se dévoile ainsi à notre regard. Tout est là déjà : le cheminement, les fantômes du passé, l’ombre, le fantastique, la sensation d’enfermement, de gouffre obscur. Plus tard, ils se retrouvent. Le contraste est saisissant, entre le corps imposant et généreux de l’un, le corps frêle et sec de l’autre au milieu de ce paysage d’une beauté vertigineuse, infernale, fascinante, inquiétante.

Le décor est le quatrième personnage avec Isabelle, Gérard, le fils absent et omniprésent. La chaleur est palpable, constamment. Des gouttes de sueur perlent sur le front de Gérard, se confondent parfois avec des larmes imaginées, contenues. Les grandes étendues vertigineuses du désert résonnent comme un écho à ce vertige saisissant et effrayant du deuil que ce film évoque avec tellement de subtilité, ainsi que son caractère si personnel et intransmissible. Isabelle n’est ainsi pas allée à l’enterrement de son fils parce qu’elle ne va plus aux enterrements depuis la mort de son père. On imagine que la vie les a l’un et l’autre happés, les a contraints à masquer leur douleur indicible, que ces étendues à perte de vue, le vide et l’enfer qu’elles symbolisent leur permet enfin d’y laisser libre cours « comme une sorte de pèlerinage. » : « Parfois j’ai l’impression que je vais m’effondrer, que plus rien ne me porte. Je me sens vidée, abandonnée », dit ainsi Isabelle.

Grâce à l’humour judicieusement distillé, qui joue sur l’étanchéité des frontières entre leurs identités réelles et leurs identités dans le film (Gérard est acteur, dit être né à Châteauroux, et ne lit que les titres des films pour savoir s’il va accepter un film), elle est végétarienne, le trouve caractériel, lui reproche d’altérer l’écosystème parce qu’il nourrit les lézards. Le comique de situation provient du contraste entre ces deux corps, du contraste visuel aussi de ces deux personnages au milieu du décor (certains plans d’une beauté décalée, imprègnent autant la pellicule que la mémoire des spectateurs), à la fois gigantesques et minuscules dans cette vallée de la mort où ils ont rendez-vous avec leur fils, leur amour perdu. Ces quelques moments de comédie, comme dans le formidable film de Moretti, également en compétition du 68ème Festival de Cannes et également oublié du palmarès (« Mia Madre ») qui aborde le même sujet, permettent de respirer dans ce décor à perte de vue et étouffant avec cette chaleur écrasante, à l’image du deuil qui asphyxie et donne cette impression d’infini et d’inconnu oppressants.

Mon seul regret concerne une scène trop écrite (dans la voiture) qui expose leurs situations respectives mais ce qui m’a gênée à la première vision, me paraît anecdotique à la deuxième. Certaines phrases résonnent avec d’autant plus de justesse qu’elles sont dites par des comédiens qui les prononcent avec une infinie délicatesse, qui trouvent constamment la note juste : « Si on se met à détester quelqu’un avec qui on a vécu c’est qu’on ne l’a jamais vraiment aimé. Quand on aime quelqu’un c’est pour toujours. » La force de ces deux immenses comédiens est de malgré tout nous faire oublier Depardieu et Huppert et de nous laisser croire qu’ils sont ces Isabelle et Gérard. Et il leur suffit de lire une lettre dans le décor épuré d’une chambre, sans autre artifice que leur immense talent, pour nous émouvoir aux larmes sans parler de cette scène finale bouleversante qui m’a ravagée à la deuxième vision autant qu’à la première.

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Ce film qui ne ressemble à aucun autre, qui n’est pas dans le spectaculaire et l’esbroufe, mais dans l’intime et la pudeur, aborde avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité une réflexion sur le deuil et ce lien distordu avec le réel qu’il provoque, tellement absurde et fou, qu’il porte à croire à tout, même aux miracles, même une rencontre avec un mort dans une vallée du bout du monde. Aux frontières du fantastique qu’il franchit parfois, avec sa musique hypnotique, ses comédiens qui crèvent l’écran et un Depardieu à la présence plus forte que jamais (et il n’est pas question ici seulement de corpulence mais de sa capacité inouïe à magnétiser et occuper l’écran), un décor qui pourrait être difficilement plus cinégénique, intrigant, fascinant, inquiétant, « Valley of love »est un film captivant duquel se dégage un charme étrange   et envoûtant.

En résulte une réflexion intéressante sur le deuil qui abolit ou suscite de nouvelles croyances (finalement l’homme ou la femme endeuillé(e) devient peut-être cet homme irrationnel du film de Woody Allen dans le formidable « Irrational man »), finalement comme le cinéma… Ainsi, Lambert Wilson, maître de cérémonie de ce 68ème Festival de Cannes, lors de l’ouverture, n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma, c’est le rêve, le secret, le miracle, le mystère ». « Valley of love » est ainsi aussi une métaphore du cinéma, ce cinéma qui donne vie aux illusions, cette croyance folle que porte Isabelle face au scepticisme de Gérard.

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Une fin qui nous hante longtemps après le générique, une fin d’une beauté foudroyante, émouvante, énigmatique. Un film pudique et sensible qui mérite d’être vu et revu et qui ne pourra que toucher en plein cœur ceux qui ont été confrontés à cet intolérable et ineffable vertige du deuil. L’oublié du palmarès comme le fut un autre film produit par sa productrice Sylvie Pialat l’an passé, l’immense « Timbuktu ».

Critique de LA LOI DU MARCHE de Stéphane Brizé

Nominations: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur

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« La Loi du marché » de Stéphane Brizé nous fait suivre Thierry incarné (ce mot n’a jamais trouvé aussi bien sa justification) par Vincent Lindon, un homme de 51 ans qui, après 20 mois de chômage commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral.

C’était un des films du Festival de Cannes 2015 que j’attendais le plus et mes attentes n’ont pas été déçues. Je suis ce cinéaste, Stéphane Brizé, depuis la découverte de son film « Le bleu des villes » (qui avait obtenu le prix Michel d’Ornano au Festival du Cinéma Américain de Deauville), il m’avait ensuite bouleversée avec « Je ne suis pas là pour être aimé » et « Mademoiselle Chambon » . Une nouvelle fois et comme dans ce film précité, le mélange de force et de fragilité incarné par Lindon, de certitudes et de doutes, sa façon maladroite et presque animale de marcher, la manière dont son dos même se courbe et s’impose, dont son regard évite ou affronte : tout en lui nous fait oublier l’acteur pour nous mettre face à l’évidence de ce personnage, un homme bien (aucun racolage dans le fait que son fils soit handicapé, mais une manière simple de nous montrer de quel homme il s’agit), un homme qui incarne l’humanité face à la loi du marché qui infantilise, aliène, broie. Criant de vérité.

Dès cette première scène dans laquelle le film nous fait entrer d’emblée, sans générique, face à un conseiller de pôle emploi, il nous fait oublier l’acteur pour devenir cet homme à qui son interprétation donne toute la noblesse, la fragilité, la dignité.

Comme point commun à tous les films de Stéphane Brizé, on retrouve cette tendre cruauté et cette description de la province, glaciale et intemporelle. Ces douloureux silences. Cette révolte contre la lancinance de l’existence. Et ce choix face au destin.

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Brizé filme Lindon souvent de dos, rarement de face, et le spectateur peut d’autant mieux projeter ses émotions sur cette révolte silencieuse. On voit mal comment le prix d’interprétation du dernier Festival de Cannes aurait pu lui échapper tant sa prestation est remarquable.

Critique de LA TÊTE HAUTE d’Emmanuelle Bercot

8 nominations

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Cela débute dans le bureau d’une juge pour enfants (Catherine Deneuve), à Dunkerque. La tension est palpable. Le ton monte. Les éclats de voix fusent. Une femme hurle et pleure. Nous ne voyons pas les visages. Seulement celui d’un enfant, Malony, perdu au milieu de ce vacarme qui assiste, silencieux, à cette scène terrible et déroutante dont la caméra frénétique accompagne l’urgence, la violence, les heurts. Un bébé crie dans les bras de sa mère qui finalement conclut à propos de Malony qu’il est « un boulet pour tout le monde ». Et elle s’en va, laissant là : un sac avec les affaires de l’enfant, et l’enfant, toujours silencieux sur la joue duquel coule une larme, suscitant les nôtres déjà, par la force de la mise en scène et l’énergie de cette première scène, implacable. Dix ans plus tard, nous retrouvons les mêmes protagonistes dans le même bureau …

Ce film est réalisé par Emmanuelle Bercot dont j’avais découvert le cinéma et l’univers si fort et singulier avec « Clément », présenté à Cannes en 2001, dans le cadre de la Section Un Certain Regard, alors récompensé du Prix de la jeunesse dont je faisais justement partie cette année-là. Depuis, je suis ses films avec une grande attention jusqu’à « Elle s’en va », en 2013, un très grand film, un road movie centré sur Catherine Deneuve, « né du désir viscéral de la filmer ». Avant d’en revenir à « La tête haute », je ne peux pas ne pas vous parler à nouveau de ce magnifique portrait de femme sublimant l’actrice qui l’incarne en la montrant paradoxalement plus naturelle que jamais, sans artifices, énergique et lumineuse, terriblement vivante surtout. C’est aussi une bouffée d’air frais et d’optimisme qui montre que soixante ans ou plus peut être l’âge de tous les possibles, celui d’un nouveau départ. En plus d’être tendre (parfois caustique mais jamais cynique ou cruel grâce à la subtilité de l’écriture d’Emmanuelle Bercot et le jeu nuancé de Catherine Deneuve), drôle et émouvant, « Elle s’en va » montre que, à tout âge, tout peut se (re)construire, y compris une famille et un nouvel amour. « Elle s’en va » est de ces films dont vous ressortez émus et le sourire aux lèvres avec l’envie d’embrasser la vie. ( Retrouvez ma critique complète de ELLE S’EN VA en cliquant ici.)

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Et contre toute attente, c’est aussi l’effet produit par « La tête haute » où il est aussi question de départ, de nouveau départ, de nouvelle chance. Avec beaucoup de subtilité, plutôt que d’imprégner visuellement le film de noirceur, Emmanuelle Bercot a choisi la luminosité, parfois le lyrisme même, apportant ainsi du romanesque à cette histoire par ailleurs particulièrement documentée, tout comme elle l’avait fait pour « Polisse » de Maïwenn dont elle avait coécrit le scénario. Le film est riche de ce travail en amont et d’une excellente idée, celle d’ avoir toujours filmé les personnages dans un cadre judiciaire : le bureau de la juge, des centres divers… comme si toute leur vie était suspendue à ces instants.

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Le grand atout du film : son énergie et celle de ses personnages attachants interprétés par des acteurs judicieusement choisis. Le jeune Rod Paradot d’abord, l’inconnu du casting qui ne le restera certainement pas longtemps et qui a charmé l’assistance lors de la conférence de presse cannoise du film, avec son sens indéniable de la répartie (« la tête haute mais la tête froide »…), tête baissée, recroquevillé, tout de colère rentrée parfois hurlée, dont la présence dévore littéralement l’écran et qui incarne avec une maturité étonnante cet adolescent insolent et bravache qui n’est au fond encore que l’enfant qui pleure des premières minutes du film. Catherine Deneuve, ensuite, une nouvelle fois parfaite dans ce rôle de juge qui marie et manie autorité et empathie. L’éducateur qui se reconnaît dans le parcours de ce jeune délinquant qui réveille ses propres failles incarné par Benoît Magimel d’une justesse sidérante. La mère (Sara Forestier) qui est finalement l’enfant irresponsable du film, d’ailleurs filmée comme telle, en position fœtale, dans une très belle scène où les rôles s’inversent. Dommage (et c’est mon seul bémol concernant le film) que Sara Forestier ait été affublé de fausses dents (était-ce nécessaire ?) et qu’elle surjoue là où les autres sont dans la nuance, a fortiori les comédiens non professionnels, excellents, dans les seconds rôles.

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Ajoutez à cela des idées brillantes et des moments qui vous cueillent quand vous vous y attendez le moins : une main tendue, un « je t’aime »furtif et poignant, une fenêtre qui soudain s’est ouverte sur « Le Monde » (littéralement, si vous regardez bien…) comme ce film s’ouvre sur un espoir.

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Après « Clément », « Backstage », «  Elle s’en va », Emmanuelle Bercot confirme qu’elle est une grande scénariste et réalisatrice (et actrice comme l’a prouvé son prix d’interprétation cannois) avec qui le cinéma va devoir compter, avec ce film énergique et poignant, bouillonnant de vie, qui nous laisse avec un salutaire espoir, celui que chacun peut empoigner son destin quand une main se tend et qui rend un bel hommage à ceux qui se dévouent pour que les enfants blessés et défavorisés par la vie puissent grandir la tête haute. Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde, un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix d’ouverture du 68ème Festival de Cannes et de lui donner cette visibilité.

Critique de L’HERMINE de Christian Vincent

 Nomination pour le César du meilleur acteur pour Fabrice Luchini et pour le César de la meilleure actrice pour  Sidse Babett Knudsen

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25 ans après « La Discrète », Christian Vincent retrouve Fabrice Luchini, non plus dans le rôle d’un écrivain mais dans celui d’un président de cour d’assises. Le personnage qu’il incarne se nomme ici Michel Racine. Voilà un patronyme qui sied parfaitement à cet amoureux des mots qui sait si bien les servir et sublimer.

Michel Racine apparaît d’abord comme un homme dur et exigeant dans son travail (à tel point qu’on le surnomme « le Président à deux chiffres » car les peines, avec lui, dépassent toujours les dix années), voire misanthrope. Lorsque, pour un nouveau procès, l’homicide d’un enfant dont est accusé le père de celui-ci, Racine tire au sort les noms des derniers jurés, l’un d’eux le fait hésiter avant qu’il le prononce, il semble même légèrement le troubler. Il s’agit de Ditte Lorensen-Coteret, un médecin anesthésiste dont on découvre bientôt qu’il l’a aimée en secret, six ans auparavant.

L’hermine, c’est la fourrure blanche fixée à la robe de magistrat de Racine. C’est aussi cet animal dont le pelage est brun foncé dessus et blanchâtre dessous en été et qui devient entièrement blanc l’hiver. Tout est dit : Racine est un homme qui se cache derrière son hermine et qui, comme l’hermine, possède une double couleur, un double visage. L’idée du double et du jeu est d’ailleurs omniprésente. La cour est un théâtre et le président d’assises y est en représentation. C’est d’ailleurs aussi la couleur du théâtre, le rouge, qu’il arbore autour du cou, une écharpe qui sert à attirer l’attention et mieux se dissimuler derrière.

Au début du film, Michel Racine est grippé, fiévreux, affaibli physiquement et moralement, en instance de divorce et visiblement autant redouté par son entourage professionnel (se drapant alors dans son hermine et sa dureté) que méprisé par son entourage personnel.

Si les scènes de procès sont passionnantes en ce qu’elles montrent les arcanes d’un procès d’assises, tragiquement drôles même parfois, elles sont là aussi pour apporter de nouveaux traits au portrait de Racine qui s’esquisse peu à peu. Intransigeant dans son travail (son rôle), il se révèle presque timide, enfantin et surtout infiniment touchant dans sa relation avec la solaire et douce Ditte. Face à elle, il semble progressivement s’éclairer, s’illuminer, laisser tomber la carapace, l’écharpe rouge et l’hermine. Il se révèle homme mélancolique, lucide (« Vous êtes heureux ? lui demande-t-on. Je n’ai pas cette ambition, répond-il), blessé plus que misanthrope. Et quand il dit à ses jurés « Acceptez de ne pas savoir, acceptez que peut-être jamais n’éclatera la vérité », on songe autant au procès qu’à sa véritable personnalité que les avocats et juges assesseurs imaginent visiblement aux antipodes de celle de cet homme qui ressemble à un enfant, fougueux et intimidé, attendri, ému et exigeant, face à Ditte. Sa vérité qui jamais n’éclatera à leurs yeux. Ditte, habillée et coiffée de manière plus austère au début, se libère aussi progressivement. Les scènes du café où se retrouvent Racine et Ditte sont d’ailleurs filmées au plus près de leurs visages, leurs émotions, leur vérité tandis que dans les scènes de procès Racine apparaît souvent en plans plus larges.

Tous les personnages sont passionnants, là aussi impeccablement dessinés. Christian Vincent montre très bien comment un procès brasse toutes les origines et fait sortir ceux qui y participent (jurés, témoins) de leur carcan habituel, social et familial, créant des moments de vie qui dérogent au quotidien, uniques. Quant au personnage de Racine, il apporte au film toute sa sensibilité, sa singularité, sa délicatesse (même et surtout parce que dissimulée), sa dualité et à son image le film est double et de film de procès devient un film d’amour. Le film d’ailleurs est presque divisé en deux parties même si la deuxième est éclairée par la première, laissant alors plus de place à la musique et la lumière. Et il en va des êtres comme des films, ceux qui ne révèlent pas immédiatement leur vraie nature, qui ne sont pas d’emblée outrageusement sympathiques ou lisibles, sont aussi souvent les plus vrais, riches et intéressants.

Il fallait un acteur, exceptionnel, subtil, à la personnalité complexe, comme Luchini pour apporter autant de nuances et de sobriété(d’autant plus surprenante de la part de celui qui, sur les plateaux se montrent si souvent emphatique et extraverti) à ce personnage. Face à lui, Sidse Babett Knudsen est irrésistiblement lumineuse. Quel plaisir aussi de retrouver la truculente Corinne Masiero parmi cette distribution exceptionnelle (des premiers aux seconds rôles). Mention spéciale également pour l’actrice qui interprète la fille de Ditte (Eva Lallier), qui, par sa spontanéité et sa vérité éclatantes, fait d’autant plus sortir Racine de son rôle. Et son nom, Racine, apparaît alors comme une belle ironie de sort : celui de l’écrivain qui a si bien décrit la passion qui anime et détruit les « puissants ».

Quant à la scène finale qui fait éclater la vérité des êtres, aux yeux de tous, mais visibles par les deux amoureux seuls, elle est aussi magnifique que bouleversante. Un prix du scénario et un prix d’interprétation masculine à la dernière Mostra de Venise, entièrement mérités, et une belle découverte de cette fin d’année 2015.

Critique de MON ROI d’Emmanuelle Bercot

8 nominations

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Vincent Cassel, dans son meilleur rôle (celui de Georgio) suscite chez Tony (Emmanuelle Bercot), une passion étouffante et destructrice qu’elle se remémore alors qu’elle est dans un centre de rééducation après une chute de ski. Une relation amoureuse tumultueuse mêlant « joie et de souffrance » chères à Truffaut.

Un film qui exerce le même charme, doux et âpre, la même fascination troublante que le personnage principal. Le spectateur est lui aussi sous emprise. Vincent Cassel est un Georgio diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir.

Plutôt que d’en faire un pervers narcissique caricatural, Maïwenn lui dessine des failles (une relation au père puis à sa disparition moins indifférente qu’il voudrait le laisser paraître).

Face à Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot incarne corps et âme cette femme aveuglée par l’amour qui aime follement dont, justement, le corps et l’âme souffrent et vibrent pour et par cet homme.

Maïwenn n’a peur de rien, ni d’appeler son personnage féminin « Marie-Antoinette » (d’où Tony), ni du mal au genou parce que mal au « je nous », c’est ce qui agacera ou charmera mais cette audace fougueuse est plutôt salutaire dans un cinéma français parfois trop aseptisé.

Un film qui, dès les premières minutes, où Tony se jette à corps perdu dans le vide, nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde et jusqu’à la très belle scène finale.

A signaler : un Louis Garrel sous un nouveau jour, irrésistiblement drôle, qui apporte une respiration dans cet amour étouffant.

Après le prix du jury en 2011 pour « Polisse », avec son quatrième film seulement, Maïwenn confirme être une cinéaste de talent avec laquelle il va falloir compter.

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Un rôle qui a valu à Emmanuelle Bercot le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2015 pour lequel elle a vivement remerciée sa réalisatrice et son partenaire :

-« Mon bonheur de devoir partager ce bonheur avec une actrice car un peu trop grand pour moi toute seule car ce prix récompense son audace, son sens aigu de la liberté, son anticonformisme. »,

-« C’est difficile pour moi d’être ici sur cette scène sans Vincent Cassel. Vincent Cassel, mon roi c’est toi et moi, je sais ce que je te dois. » ,

– « Merci à ce jury qui visiblement a la même dinguerie que Maïwenn, le même sens de la liberté, de la non convention. Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves. »

Critique de MIA MADRE de Nanni Moretti

Nomination: pour le César du meilleur film étranger

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J’ai déjà programmé de revoir ce film pour vous en dire plus que ces quelques mots écrits suite à sa projection de laquelle je suis sortie littéralement bouleversée, ravagée au dénouement, par ce vertige effroyable du lendemain suggéré par un regard et une réplique dévastateurs (: «– A quoi tu penses ? – A demain !» ), un film qui a bouleversé les festivaliers cité comme potentielle palme d’or que Nanni Moretti avait déjà reçue en 2001 pour un film qui, déjà, portait sur le thème du deuil, « La chambre du fils ».

Dans « Mia madre », Margherita est une réalisatrice confrontée à la fois à un tournage avec un acteur insupportable (irrésistible John Torturro) et à la mort annoncée de sa mère.

Toute l’intelligence de Moretti réside dans l’alternance entre le burlesque et le mélodrame, la légèreté de la comédie atténuant la gravité du drame. L’illusion de légèreté du cinéma (le film de Moretti – qui lui-même avait été confronté à la mort de sa mère lors du tournage de « Habemus Papam »- mais aussi le film que tourne Margherita dans le film de Moretti, judicieuse mise en abyme) pour tenter d’affronter le gouffre étourdissant de la mort et du lendemain après la perte forcément insensée d’un parent.

Il met ainsi l’accent sur tout ce qui permet d’immortaliser la vie et le temps qui s’enfuient, notamment par un mélange des degrés de narration : les souvenirs, les livres, les rêves et évidemment le cinéma.

Un film pudique, profondément émouvant et un regard final qui vous hante longtemps après la projection et qui me hante et bouleverse encore.

Critique de BIRDMAN de ALEJANDRO GONZÁLEZ IÑÁRRITU

Nomination: pour le César du meilleur film étranger

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Alejandro González Iñárritu en est « seulement » à son cinquième long-métrage. C’est difficile à croire tant chacun de ses films a marqué les esprits, par une maîtrise étonnante et un style, dans l’écriture du scénario, la mise en scène et surtout le montage que certains ont jugé excessif mais qui était en tout cas toujours singulier, voire novateur. Après « Amours chiennes », « 21 grammes », « Babel » pour lequel il avait reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2006 et après « Biutiful » qui avait permis à Javier Bardem de recevoir le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2010, avec ce nouveau film, « Birdman », il a de nouveau récolté les récompenses des professionnels puisqu’il est le grand vainqueur de la cérémonie des Oscars 2015 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photographie).

« Birdman », c’est l’histoire d’un acteur, Riggan Thomson (Michael Keaton) qui, à l’époque où il incarnait un célèbre super-héros (qui ressemble à s’y méprendre à Batman que Michael Keaton a lui-même incarné avant de lui-même connaître une traversée du désert), était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste qu’une affiche bien embarrassante lui rappelant une notoriété qui n’est plus ce qu’elle était ou ce qu’il voudrait qu’elle soit. Il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Cette pièce est inspirée d’une nouvelle de Raymond Carver intitulée « What We Talk About When We Talk About Love ». Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille (son ex-femme, sa fille qui sort de cure de désintoxication), son passé, ses rêves et son ego…

Dès les premières minutes, l’étrangeté savoureuse de ce film qui mêle les genres et ne ressemble à aucun autre saute aux yeux et rassure, aussi (enfin un film qui ose, déroute, se fiche bien de la catégorie de spectateurs auxquels il serait censé devoir s’adresser) : un homme, Riggan, simplement -dé-vêtu, assis, comme suspendu dans les airs. De dos alors qu’il ne rêve à nouveau que d’être sous les feux des projecteurs et au devant de la scène (attention : métaphore). Le spectateur n’est pas au bout de ses surprises, car en plus d’une voix off (sa voix intérieure, celle du personnage qu’il a incarné qui apparaît parfois à ses côtés), le film est tourné et monté de telle sorte que le spectateur a l’impression qu’il ne s’agit que d’un seul plan séquence (à une exception près, au dénouement). De la scène du théâtre à ses couloirs exigus, en passant par les rues grouillantes de New York, la caméra d’une virtuosité époustouflante passe d’un lieu ou d’un personnage à l’autre. A l’image de la vie de l’acteur, les lieux dans lesquels il évolue deviennent un labyrinthe inextricable dans lesquels nous aussi, spectateurs, avons la sensation d’être enfermés.

Déjà dans « Biutiful », le personnage central était encerclé, enserré même par la caméra d’Iñárritu qui le suivait jusqu’à son dernier souffle. L’unité de temps, l’unité de lieu et d’action renforçaient l’impression de fatalité inéluctable. Dans « Biutiful », la construction était plus linéaire que dans « Babel » mais déjà des incursions oniriques ponctuaient un film par ailleurs extrêmement réaliste comme si le seul espoir possible était dans un ailleurs poétique mais irréel, comme c’est d’une certaine manière également le cas dans « Birdman ».

Difficile de ne pas être admirative devant autant de maîtrise et d’audace techniques, certes. « Birdman » a été tourné à New York en trente jours et les transitions sont d’une ingéniosité époustouflante. Les dialogues fusent. Edward Norton est irrésistible dans le rôle de l’acteur qui pousse le réalisme aux frontières de la folie et de la violence (et les dépasse même) mais je dois l’avouer, ce qui m’arrive très rarement au cinéma, j’ai trouvé le temps long…

Au-delà de la prouesse technique, encore une fois admirable, grandiose, jubilatoire, j’ai eu l’impression de voir un énième film dans et sur les coulisses du spectacle et la vie d’artiste (et tant de chefs d’œuvre l’ont précédé : « Eve », «La comtesse aux pieds nus », « Le dernier métro », « Vous n’avez encore rien vu », « The Artist » et tant d’autres) sur le narcissisme, l’égocentrisme, la folie, l’excès ou le manque de confiance (l’un étant souvent le masque de l’autre) des acteurs.

Le film n’échappe pas aux clichés : la fille toxico qui tombe immédiatement dans les bras de l’acteur (Emma Stone, déjà irrésistible dans « Magic in the moonlight » de Woody Allen, juste dans ce rôle, personnage qui aurait pu être intéressant, dommage que son amourette prometteuse soit survolée comme le sont tous les personnages hors de l’univers de Riggan, ce qui peut certes se justifier par son égocentrisme et le parti pris du film –oui, j’aime bien être ma propre contradictrice-), la journaliste qui fait de la critique faute de faire de l’art et qui met tout la frustration générée par le talent artistique qu’elle n’a pas dans la violence et la virulence de ses articles (force est de constater que ce « cliché » n’en est pas tout à fait un et se révèle souvent vrai) . Et puis surtout, plus encore qu’avec les acteurs, Iñárritu n’est pas tendre et se révèle même cynique avec le spectateur. Ce spectateur à qui il faut toujours plus de réalisme et d’explosions pour s’enthousiasmer, Iñárritu poussant l’ironie à mettre lui-même en scène une explosion. Force est de constater que c’est très drôle, cinglant et efficace. J’avoue cependant, sur une thématique similaire, avoir été beaucoup plus touchée par « Sils maria » d’Assayas, moins clinquant mais plus profond.

Le thème de l’incommunicabilité qu’Iñárritu avait traité mieux que nul autre dans « Babel » est à nouveau esquissé ici. Riggan Thomson est ravagé en réalisant avoir filmé la naissance de sa fille et avoir oublié de la vivre. Je commence à en être lasse de ces films qui se croient obligés de mettre des réseaux sociaux pour faire dans l’air du temps et la critique en est ici plutôt pertinente.

Le montage a toujours été au centre des films d’Iñárritu et est donc une nouvelle fois le grand intérêt de celui-ci qui est donc un film inégal porté par d’excellents acteurs, des solos de batterie admirables, une photographie inspirée ( signée Emmanuel Lubezki notamment directeur de la photographie de  « Gravity », « Tree of life ») mais qui n’arrive pas à la hauteur du chef d’œuvre clairvoyant qu’était « Babel » qui m’a davantage bousculée, (em)portée.  Une originalité indéniable et fascinante dans le montage qui certes  aurait mérité peut-être plus d’audace encore dans l’écriture.  Je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qu’Alain Resnais en aurait fait…

Voyez « Birdman » qui vaut le déplacement pour sa forme ingénieuse mais surtout revoyez Babel qui est plus qu’un film : une expérience et surtout pas un vain exercice de style, un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire. Dans « Babel », la construction ciselée illustre le propos du cinéaste, traduisant les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle. Le montage ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée. Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant. Je me souviens de la virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’Américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soient transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude (le pendant du solo de batterie dans « Birdman »). Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant.   Je sais, cet article devait être consacré à « Birdman », mais plusieurs jours après l’avoir vu, il ne m’en reste que quelques plans, certes vertigineux (au propre comme au figuré, d’ailleurs) alors que de « Babel » il me reste la sensation d’avoir vécu une expérience cinématographique hors du commun grâce à la puissance du montage et du scénario et qui n’est pas que cela mais aussi une subtile et brillante radiographie critique de notre époque fébrile, impatiente et amnésique.

Critique – LE FILS DE SAUL de LÁSZLÓ NEMES

Nomination: pour le César du meilleur film étranger

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Difficile de parler immédiatement après la projection tant ce fut un choc. Ce film DOIT être vu, montré, dans les écoles et ailleurs, parce que c’est plus que jamais nécessaire de ne pas oublier jusqu’à quelle inimaginable ignominie la haine de l’autre a pu mener.

Un film dont je suis sortie avec le sentiment d’avoir vu un grand film, ce film dont Thierry Frémaux en conférence de presse du Festival de Cannes avait parlé comme d’un « film qui fera beaucoup parler », le premier premier film à figurer en compétition depuis 4 ans.

L’action se déroule en Octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie.

La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de « Voix sous la cendre », un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire… Ma palme d’or (pour l’instant).

Critique de YOUTH de Paolo Sorrentino

Nomination pour le César du meilleur film étranger

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« Youth » de Paolo Sorrentino est une symphonie visuelle éblouissante qui fait valser jeunesse, vieillesse et désirs. C’est un hymne au pouvoir émotionnel de l’art, un film qui a séduit certains festivaliers cannois autant qu’il en a agacé d’autres (le film a été applaudi et hué lors de sa projection presse).

Tout comme « La grande Bellezza » nous parlait de laideur et non de beauté, « Youth », logiquement ne nous parle pas de jeunesse mais de vieillesse, de ce qui reste quand le temps saccage tout ou l’histoire de deux amis, l’un chef d’orchestre (formidable Michael Caine) et l’autre réalisateur (Harvey Keitel) qui profitent de leurs vacances dans un hôtel au pied des Alpes. Quand l’un a abandonné sa carrière depuis longtemps, l’autre travaille sur son dernier film…

A voir aussi pour l’apparition remarquée et remarquable de Jane Fonda.

Nostalgique et caustique, élégant et parfois à la limite du vulgaire, jouant de saisissants contrastes entre les corps marqués par le temps et ceux d’une jeunesse presque irréelle, entre l’apparence de sagesse et de calme (du paysage et des personnages) et ce qu’ils dissimulent, entre le souvenir du passé et sa réalité, « Youth », à l’image de son titre aime à se jouer des paradoxes, des contrastes, des trompes-l’ œil au cœur de ce paysage trompeusement serein.

Critique – LES COWBOYS de Thomas Bidegain

4 nominations

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Cela commence dans une grande prairie, lieu de rassemblement country western quelque part dans l’est de la France, cadre intemporel. Alain (François Damiens), un des piliers de cette communauté, danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour-là Kelly disparaît. La vie de la famille et la belle harmonie de cette splendide première scène s’effondrent. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid (formidable Finnegan Oldfield), son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu’il traîne avec lui dans cette quête sans fin.

C’est en 1994, six ans avant les attentats du World Trade Center, le basculement du monde, que bascule la vie d’Alain. François Damiens est aussi convaincant que bouleversant dans le rôle de ce père obstiné qui recherche sa fille contre vents et marées, aux quatre coins du monde, abandonnant tout le reste pour cette quête obsessionnelle et dévorante, guidé par cette douleur indicible de l’absence. Les ellipses, les ruptures scénaristiques (dont une, audacieuse ) nous emmènent sur des chemins inattendus. Les attentats qui se succèdent par le prisme de la télévision, le 11 septembre 2001 à New York, le 11 mars 2004 à Madrid, le 7 juillet 2005 à Londres, marquent judicieusement l’écoulement du temps. Rien de surprenant de la part du talentueux coscénariste de Jacques Audiard ( dans notamment « Un Prophète » , « De rouille et d’os », « Dheepan ») qui, à travers ce drame familial, dresse le portrait d’un monde qui bascule sans jamais forcer l’émotion, avec toute la pudeur qui seyait à ce sujet sensible, jusqu’à la scène finale qui en est le paroxysme, d’un silence, lourd de sens, magistralement interprété et d’une force redoutable et poignante.

Critique de UN + UNE de Claude Lelouch

Président de la 41ème cérémonie des César

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En 1966, avec « Un homme et une femme », sa sublime histoire de la rencontre de deux solitudes blessées avec laquelle il a immortalisé Deauville, Claude Lelouch recevait la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Ce 45ème film de Claude Lelouch, presque cinquante ans plus tard raconte à nouveau l’histoire d’un homme et d’une femme et les années et les films qui séparent ces deux longs-métrages semblent n’avoir en rien entaché la fougue communicative, la réjouissante candeur, le regard enthousiaste, la curiosité malicieuse du cinéaste. Ni la fascination avec laquelle il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Bien que les critiques ne l’aient pas toujours épargné, il est en effet toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité, à la musique de Francis Lai, aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à son amour inconditionnel du cinéma et de l’amour, à ses phrases récurrentes, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté parfois terrible des hasards et coïncidences.

Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait «pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui m’ont fait aimer le cinéma. Avec son film « Roman de gare », les critiques l’avaient enfin épargné, mais pour cela il avait fallu que le film soit au préalable signé d’un autre nom que le sien. Peu m’importe. Claude Lelouch aime la vie. Passionnément. Sous le regard fiévreux et aiguisé de sa caméra, elle palpite. Plus qu’ailleurs. Et ce nouveau film ne déroge pas à la règle.

Après Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Sandrine Bonnaire dans « Salaud, on t’aime », c’est un autre trio charismatique qui est à l’honneur dans ce nouveau film : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert (voire un quatuor avec Alice Pol). Son dernier film « Salaud, on t’aime » se rapprochait de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’il racontait l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, n’allait pas fuir sa famille mais tenter de la réunir. Ici, c’est finalement aussi d’un homme passé à côté non pas de sa vie mais de lui-même dont Lelouch nous raconte l’histoire, une histoire que j’attendais de découvrir depuis que j’avais vu cette affiche du film orner les murs de Cannes, lors du festival, en mai dernier.

La manière dont le film est né ressemble déjà à un scénario de film de Claude Lelouch. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont ainsi plusieurs fois raconté sa genèse. Le hasard qu’affectionne tant Claude Lelouch les a réunis sur le même vol entre Paris et Los Angeles lors duquel ils ont parlé de cinéma pendant des heures et notamment d’un film de Claude Lelouch, « Un homme qui me plaît », qu’ils adorent tous les deux. L’histoire d’amour entre un compositeur incarné par Jean-Paul Belmondo et une actrice incarnée par Annie Girardot qui tombent amoureux à l’autre bout du monde. Elsa Zylberstein a appelé Claude Lelouch et l’histoire était lancée, une histoire d’amour qui, eux aussi, les a emmenés à l’autre bout du monde…

Jean Dujardin incarne ici le séduisant, pragmatique, talentueux Antoine. Antoine est compositeur de musiques de films. Antoine regarde la vie avec distance, humour et légèreté. Antoine est comme un enfant joueur et capricieux. D’ailleurs, il porte le prénom du petit garçon dans « Un homme et une femme ». Hasard ? Ou coïncidence ? Il part en Inde travailler sur une version très originale de « Roméo et Juliette » intitulée « Juliette et Roméo » et alors que sa compagne (Alice Pol) le demande en mariage par téléphone. A l’occasion d’une soirée donnée en son honneur à l’Ambassade de France, il rencontre la pétillante Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur (Christophe Lambert), aussi mystique qu’il est pragmatique, une femme qui, en apparence, ne lui ressemble en rien, pourtant, dès ce premier soir, entre ces deux-là, semble régner une magnétique connivence. Cette rencontre va les entraîner dans une incroyable aventure. Et le spectateur avec eux.

Ce que j’aime par-dessus tout dans les films de Claude Lelouch, ce sont ces personnages, toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi. Et dans ce film plus que dans tout autre de Claude Lelouch. Le fond et la forme coïncident ainsi en une ludique mise en abyme. Le film commence par l’histoire d’un voleur qui va inspirer le film dont Antoine a composé la musique et dont les images jalonnent le film…de Lelouch. Le présent, le passé et le rêve s’entrelacent constamment pour peu à peu esquisser le portrait des deux protagonistes, pour se jouer de notre regard sur eux et sur la beauté troublante des hasards de la vie.

Cela commence par des images de l’Inde, fourmillante, colorée, bouillonnante de vie dont la caméra de Lelouch, admirative, caresse l’agitation multicolore. Prémisses d’un voyage au pays « du hasard » et « de l’éternité. » Un voyage initiatique. Puis, il nous raconte une première histoire. Celle du voleur qui sauve sa victime, et de leur histoire d’amour. Celle du film dans le film. Un miroir de celle d’Anne et d’Antoine. Presque un conte. D’ailleurs, devant un film de Lelouch, j’éprouve la sensation d’être une enfant aux yeux écarquillés à qui on raconte une fable. Ou plein d’histoires puisque ce film est une sorte de poupée russe. Oui, une enfant à qui on rappelle magnifiquement les possibles romanesques de l’existence.

Ensuite, Antoine rencontre Anna lors du dîner à l’ambassade. Antoine pensait s’ennuyer et le dit et le clame, il passe un moment formidable et nous aussi, presque gênés d’assister à cette rencontre, leur complicité qui crève les yeux et l’écran, leur conversation fulgurante et à l’image de l’Inde : colorée et bouillonnante de vie. Il suffirait de voir cet extrait pour deviner d’emblée qu’il s’agit d’un film de Lelouch. Cette manière si particulière qu’ont les acteurs de jouer. Ou de ne pas jouer. Vivante. Attendrissante. Saisissante de vérité. En tout cas une scène dans laquelle passe l’émotion à nous en donner le frisson. Comme dans chacun des tête-à-tête entre les deux acteurs qui constituent les meilleurs moments du film, dans lesquels leurs mots et leurs silences combattent en vain l’évidente alchimie. Ils rendent leurs personnages aussi attachants l’un que l’autre. Le mysticisme d’Anna. La désinvolture et la sincérité désarmante d’Antoine avec ses irrésistibles questions que personne ne se pose. Antoine, l’égoïste « amoureux de l’amour ».

Comme toujours et plus que jamais, ses acteurs, ces deux acteurs, la caméra de Lelouch les aime, admire, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque, exacerbe leur charme fou. Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Dans son précédent film « Salaud, on t’aime », les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy nous rejouaient « Rio Bravo » et c’était un régal. Et ici, chacun des échanges entre Antoine et Anna l’est aussi. Comme dans tout film de Lelouch aussi les dialogues sont parsemés de petites phrases dont certaines reviennent d’un film à l’autre, souvent pour nous rappeler les « talents du hasard » :

« Mon agent, c’est le hasard. »

« Mon talent, c’est la chance. »

« Le pire n’est jamais décevant. »

 Ce film dans lequel l’amour est l’unique religion est une respiration salutaire a fortiori en cette période bien sombre. Un hymne à l’amour, à la tolérance, au voyage aussi bigarrés et généreux que le pays qu’il nous fait traverser. Un joyeux mélange de couleurs, de fantaisie, de réalité rêvée ou idéalisée, évidemment souligné et sublimé par le lyrisme de la musique du fidèle Francis Lai (retrouvez mon récit de la mémorable master class commune de Lelouch et Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014, ici) et celle de la Sérénade de Schubert (un peu trop utilisée par les cinéastes ces temps-ci mais c’est celle que je préfère donc je ne m’en lasse pas), par des acteurs que le montage inspiré, la musique lyrique, la photographie lumineuse ( de Robert Alazraki), le scénario ingénieux (signé Valérie Perrin et Claude Lelouch), et l’imparable et incomparable direction d’acteurs de Lelouch rendent plus séduisants, convaincants, flamboyants et vibrants de vie que jamais.

 Une « symphonie du hasard » mélodieuse, parfois judicieusement dissonante, émouvante et tendrement drôle avec des personnages marquants parce que là comme ils le sont rarement et comme on devrait toujours essayer de l’être : passionnément vivants. Comme chacun des films de Lelouch l’est, c’est aussi une déclaration d’amour touchante et passionnée. Au cinéma. Aux acteurs. A la vie. A l’amour. Aux hasards et coïncidences. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. Vous l’aurez compris, je vous recommande ce voyage en Inde !

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Sandra Mézière

Blogueuse et romancière. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 21 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés ( Inthemoodforfilmfestivals.com, Inthemoodforcinema.com, Inthemoodfordeauville.com, Inthemoodforcannes.com, Inthemoodforhotelsdeluxe.com, Inthemoodforluxe.com... ), de romans, de scénarii et de nouvelles. en avril 2016, a été publié mon premier roman au cœur des festivals de cinéma, aux Editions du 38: "L'amor dans l'âme". Pour en savoir plus sur mon parcours, mes projets, les objectifs de ce site, rendez-vous sur cette page : http://inthemoodforfilmfestivals.com/about/ et pour la couverture presse sur celle-ci : http://inthemoodforfilmfestivals.com/dans-les-medias/ . Je travaille aussi ponctuellement pour d'autres médias (Clap, Journal de l'ENA, As you like magazine etc) et je cherche également toujours à partager ma passion sur d'autres médias. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema, mon compte principal: 5200 abonnés ). Vous pouvez aussi me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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