Avant de faire prochainement le bilan de ce festival, avant de revenir sur le palmarès et l’ensemble de la compétition de ce 1er Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz qui, une fois de plus, fut sans fausse note et a révélé de belles (voire de magnifiques) surprises comme « Los tontos y los estupidos » dont je vous ai parlé dans mon 1er compte rendu, ici,  ou encore « Le dernier coup de marteau » d’Alix Delaporte qui confirme la belle promesse de son précédent film « Angèle et Tony » et dans lequel on retrouve les mêmes (formidables) Clotilde Hesme et Grégory Gadebois (qui a d’ailleurs reçu ce soir le prix d’interprétation masculine), je voulais vous parler du film dont la réalisatrice avait obtenu le prix du public à Saint-Jean-de-Luz, il y a trois ans, pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, « Les Adoptés». Elle avait alors également reçu le prix du jury.

Il s’agit en effet du  nouveau film de Mélanie Laurent qui présentait hier soir son deuxième long métrage en tant que réalisatrice, « Respire ». Une séance riche en émotions et pas seulement parce que ce fut la dernière d’un film en compétition de ce 1er Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz mais aussi parce que la réalisatrice avait fait le voyage, entre deux scènes avec Angelina Jolie pour qui elle tourne actuellement, pour parler (avec passion) de son film après la projection mais aussi parce que Dany Boon, actuellement en tournage à Saint-Jean-de-Luz du dernier film de Julie Delpy « Lolo » était présent, ce qui a donné lieu à de savoureux échanges. La vidéo (ci-dessus) de présentation du film avant la projection témoigne de la convivialité et la bonne humeur communicatives qui règnent dans ce festival.

Mélanie Laurent fait partie de ceux que certains aiment détester parce qu’elle a « le malheur » d’être polyvalente et talentueuse dans chacun des domaines auxquels elle s’attèle : elle chante, joue, réalise. Une artiste à part entière guidée par le désir de créer. Ce nouveau film qui fut aussi présenté en séance spéciale à Cannes dans le cadre de la Semaine de la Critique 2014 est aussi sans aucun doute guidé par ce désir. Elle portait en effet ce projet de « Respire » depuis la parution du livre dont il est la libre adaptation, un premier roman éponyme d’Anne-Sophie Brasme de 2001.

A cet âge où tout est essentiel, à la fois dérisoire et grave, passionné et viscéral, Charlie (Joséphine Japy), une jeune fille de 17 ans rencontre Sarah (Lou de Laâge). Sarah, c’est la nouvelle du lycée, celle que tout le monde « adopte »  et adore immédiatement, celle qui fascine, éblouit. La star immédiate du lycée. Sarah va choisir Charlie. Cette rencontre va peu à peu priver Charlie de souffle, l’enfermer dans une histoire étouffante d’amitié perverse…

Dès le premier plan, Mélanie Laurent témoigne de sa parfaite maîtrise de son sujet et de sa caméra, franchissant encore une étape après « Les Adoptés ». L’évolution est flagrante dès le début du film.  Ce premier plan nous montre des toits tristement identiques de  pavillons de province. Lui succède celui d’une adolescente qui se lève  avec, hors-champ, les cris de ses parents qui se déchirent. Le décor est planté. L’apparente tranquillité n’est qu’un leurre.  Tout peut exploser, la tranquillité peut se briser, à tout instant.

Au lycée, en cours, Charlie apprend les excès de la passion. Il suffisait de trouver un objet à celle-ci. Ce sera Sarah.  Peu à peu l’étau va se refermer sur Charlie, sa prison dans laquelle elle va elle-même s’enfermer. Mélanie Laurent distille progressivement des indices qui témoignent de la perversité de Sarah, créant un malaise et une empathie croissantes du spectateur pour Charlie. La tension est accentuée par une caméra à l’épaule, qui ne laisse pas de répit, suggère la survenance possible d’un drame. A tout moment. Comme un serpent prêt à surgir et étouffer sa proie.

Comme sa mère qui pardonne toujours à son père, Charlie pardonnera toujours comme aveuglée, emprisonnée dans cette pseudo-amitié, dans sa fascination. Mélanie Laurent ne lâche ni ses actrices ni le spectateur, pas une seconde, tout comme Sarah ne lâche pas Charlie grâce à la qualité et la précision de son écriture (pas de plan superflu ou vain),  la beauté froide ou lumineuse des images ( comme ces plans de bord de mer dont la luminosité contraste intelligemment avec la noirceur de ce que commence alors à vivre Charlie) et  le talent de ses deux comédiennes (sans doute aussi très bien dirigées) qui crèvent littéralement l’écran. Va  s’opérer un glissement progressif du drame social vers le thriller. Planent les ombres de Chabrol, Hitchcock, Gus Van Sant, Sofia Coppola (sans les tics parfois mode-rne-s de cette dernière) mais surtout celle d’une nouvelle cinéaste qui ne cite pas les autres mais construit sa propre filmographie et ses propres codes : Mélanie Laurent.

Le film est aussi jalonné de moments de grâce comme lorsque les deux jeunes filles dansent sur « You and Me » de Disclosure, exacerbant encore la noirceur de ce qui suivra et le sentiment de prison sans échappatoire pour Charlie.

Après la projection, Mélanie Laurent a raconté avoir découvert Lou de Laâge dans « J’aime regarder les filles », le magnifique premier film de Frédéric Louf qui avait révélé un autre immense comédien, Pierre Niney. Je me réjouis encore d’avoir fait partie du jury qui avait récompensé Lou de Laâge au Festival International du Film de Boulogne-Billancourt pour « Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer » de Thomas Bardinet.  Ici, elle excelle une nouvelle fois dans ce rôle de manipulatrice qui, sous des abords au départ particulièrement affables, va  se révéler venimeuse, double, perverse. Face à elle, Joséphine Japy est époustouflante, interprétant avec beaucoup de nuances, notamment grâce à d’éloquents silences, sa souffrance indicible. C’est d’autant plus impressionnant qu’une vingtaine de séquences ont été improvisées. Mélanie Laurent a ainsi passé 4 mois à travailler avec ses actrices pour seulement 6 semaines de tournage

Un film à la fois intemporel et dans l’air du temps (mais qui ne cherche pas à l’être) qui peut-être en aidera certain(e)s à fuir et ne pas se laisser enfermer par ces « ami(e)s » toxiques qui, avancent masqué(e)s, séduisent tout le monde avec une habileté et une ingénuité fourbes, pour mieux  exclure la proie choisie, se l’accaparer, puis la détruire. Un film dont la brillante construction met en lumière la noirceur et la détermination destructrices de ces êtres, nous plongeant avec Charlie dans cet abyme mental en apparence inextricable. Un film d’une remarquable maîtrise et justesse, au parfum pernicieusement envoûtant, prenant, parfaitement maîtrisé du premier au dernier plan qui est d’une logique aussi
violente qu’implacable. Le dénouement apparaît en effet finalement comme la  seule respiration et la seule issue possibles. Un film qui m’a laissée à bout de souffle, longtemps après le générique de fin.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire, le 12 novembre 2014, jour de sa sortie en salles. Et si vous n’en êtes pas encore convaincus, voici les mots de Dany Boon à la fin de la projection qui sauront peut-être plus vous convaincre que les miens : « J’ai trouvé le film très maîtrisé, incroyable. La fin est très prenante. Film bouleversant, d’une justesse incroyable, je suis très impressionné ».

Je vous laisse avec quelques images de Saint-Jean-de-Luz… et le palmarès sur lequel je vous livrerai mes commentaires un peu plus tard.

 PALMARES:

Le jury, présidé par Xavier Beauvois, entouré de Marie Kremer, Michèle Laroque, Stéphanie Murat, Alex Beaupain, Laurent Bénégui, Christophe Offenstein, a décerné les prix suivants :

 PRIX DU JURY

> Meilleur Court métrage

 PRINCESSE de Marie-Sophie Chambon

> Meilleure interprétation masculine

 Grégory Gadebois

 pour le film LE DERNIER COUP DE MARTEAU d’Alix Delaporte (France)

 Au cinéma le 11 mars 2015 – Distribué par Pyramide Films

> Meilleure interprétation féminine

 Jisca Kalvanda

 pour le film MAX & LENNY de Fred Nicolas (France)

 Au cinéma en 2015 – Distribué par Shellac

> Meilleur Réalisateur

 Yann Demange

 pour le film ’71 (Grande-Bretagne)

 Au cinéma le 5 novembre 2014 – Distribué par Ad Vitam

> Meilleur Film

 BEBE TIGRE de Cyprien Vial (France)

 Au cinéma 1er trimestre 2015 – Distribué par Haut et Court

PRIX DU JURY JEUNES

 > Meilleur Court métrage

 LA NOUVELLE MUSIQUE de François Goetghebeur et Nicolas Lebrun

 > Meilleur Long métrage

 L’ORANAIS de Lyes Salem (France / Algérie)

 Au cinéma le 19 novembre 2014 – Distribué par Haut et Court

PRIX DU PUBLIC

 > Meilleur Court métrage

 LA NOUVELLE MUSIQUE de François Goetghebeur et Nicolas Lebrun

 > Meilleur Long métrage

 L’ORANAIS de Lyes Salem (France / Algérie)

 Au cinéma le 19 novembre 2014 – Distribué par Haut et Court

A l’occasion de la cérémonie de clôture de ce 1er Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz a également été révélé l’affiche de la prochaine édition avec Alice David pour égérie.

 

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Sandra Mézière

Blogueuse et romancière. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 21 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés ( Inthemoodforfilmfestivals.com, Inthemoodforcinema.com, Inthemoodfordeauville.com, Inthemoodforcannes.com, Inthemoodforhotelsdeluxe.com, Inthemoodforluxe.com... ), de romans, de scénarii et de nouvelles. en avril 2016, a été publié mon premier roman au cœur des festivals de cinéma, aux Editions du 38: "L'amor dans l'âme". Pour en savoir plus sur mon parcours, mes projets, les objectifs de ce site, rendez-vous sur cette page : http://inthemoodforfilmfestivals.com/about/ et pour la couverture presse sur celle-ci : http://inthemoodforfilmfestivals.com/dans-les-medias/ . Je travaille aussi ponctuellement pour d'autres médias (Clap, Journal de l'ENA, As you like magazine etc) et je cherche également toujours à partager ma passion sur d'autres médias. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema, mon compte principal: 5200 abonnés ). Vous pouvez aussi me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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